L'Amazone
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Ce splendide guerrier qui contre moi s’avance,
De mars et d’apollon peut chercher l’assistance,
Ou chercher son salut parmi les matelots.
Ma lance, mon épée, mes dards, mes javelots,
De son sang répandu arroseront la terre.
On l’ensevelira sous un roc solitaire.
Voilà ce qui t’attend, toi qui veut m’asservir,
Pour cette liberté que tu me veux ravir,
Je ferai que pour toi, cette journée fatale,
Te verra traverser les ondes infernales.
Tu sauras, de nous deux, lequel est le plus fort,
Quand tu raconteras ton combat chez les morts.
Je n’attends pas tes coups. La première je frappe.
Mon javelot volant, sur ton bouclier dérape.
Je reçois sur le mien ton épieu frémissant.
Tu lèves contre moi ton glaive menaçant.
Je lève aussi le mien et d’un coup formidable,
Je te fais voir enfin que je suis redoutable.
Tu sais que maintenant, loin de me conquérir,
C’est ta vie menacée que tu dois secourir.
Tu te laisses leurrer d’une attaque trompeuse.
Un dernier coup t’abat au pied de la lutteuse.
Je regarde mourir l’orgueilleux conquérant.
Je suis libre et tu meurs en te désespérant.
Tu meurs… et maintenant que je vois ton visage,
Je reçois en plein cœur cette divine image.
Et tout mon être ému, blessé par ta beauté,
M’accuse maintenant d’atroce cruauté.
Qu’ai-je fait ! J’ai tué le héros de mes rêves !
Le seul avec lequel je puisse unir ma sève !
Le dieu qui pouvait seul éclairer tous mes jours,
Et dans mon cœur ravi faire vibrer l’amour.
Faire naître de moi des héros magnifiques,
Aussi vaillants guerriers que bergers pacifiques,
Faisant briller l’éclair du glaive étincelant,
Ou tirant des roseaux des sons ensorcelants.
Je comprends maintenant que si je suis vivante,
C’est que tu refusais de me faire mourante.
Tu retenais ton bras que tu sentais trop fort,
Parce que tu voulais me sauver de la mort.
Comme moi maintenant, tu voulais que je vive.
Je serai à présent ton heureuse captive.
Tu vivrais, et mon rêve enfin pourrait fleurir !
Un splendide avenir pourrait enfin murir !
Ah ! Je n’accepte pas la catastrophe immense !
Je veux, avant ta mort, recueillir ta semence.
Je veux que ce baiser suprême et solennel,
Te fasse encor revivre et revivre éternel…








