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Gaston BAISSETTE
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Lettre 15, du lundi 14 avril 2008 : Avec Gaston Baissette
par Xavier Cuvelier-Roy (www.cuvelier-roy.com)
Souvenons-nous de Gaston Baissette (1901-1977), présentons-le à ceux qui n’ont pas eu le plaisir de faire sa connaissance et lire son œuvre.
Né au début de siècle dernier, à Mauguio sur les bords de l’étang qui porte le même nom, devient “parisien” par obligation
professionnelle (médecin-chef de l’Office public d’hygiène sociale de la Seine). Humaniste, spécialiste-phtisiologue, il s’engagera contre toutes les formes de fléaux sociaux et publiera plusieurs romans dont les titres forment à eux seuls une ode “pagnolesque” à son Languedoc : l’Étang de l’or, Isabelle de la Garrigue, Le Vin de Feu, le Soleil de Maguelone, entre autres (j’ai respecté les majuscules d’origine). C’est par l’adaptation télévisée de Ces Grappes de ma Vigne qu’il sera mieux connu du grand-public.
Gaston Baissette, c’est l’Henri Vincenot languedocien !
Il compte parmi ses amis, les poètes André de Richaud et Georges Brassens, le conteur Jean-Pierre Chabrol, le peintre cévenol René Aberlenc, et bien d’autres encore, piliers d’un vaste groupe littéraire et artistique méditerranéen.
Je retiens plus particulièrement L’Étang de l’Or, que j’ai lu et relu, carte d’état-major à portée de main[1] ; je me suis rendu plusieurs fois sur place, afin de tenter une intime intrusion, à la limite de l’appropriation tant j’ai ressenti l’auteur, le sujet et le lieu.
J’ai cherché les traces, aux Cabanettes, de Cabussole, de Cabrel, de Bitrouillet, de Pentelisse et d’Olive, de Singer, de Boulou, et surtout, de Pitié qui téléphonait aux étoiles, une vielle casserole tenant lieu d’appareil… J’ai cherché en vain dans le Vérange, les ruines de « la maison des Lac », celle de Geneviève-l’initiatrice.
Mais tout s’est chamboulé à travers les autoroutes, “les grandes surfaces” et le mas du Grand-Travers à perdu pour toujours sa solitude au pied des pyramides de béton. « Aujourd’hui, on sait hélas ce qu’on a perdu, pauvres couillons mes frères ! Nos étangs sont verticaux sur les écrans de télé… » à écrit Jean-Pierre Chabrol dans sa préface à la réédition de mon roman favori. Derniers vestiges d’un oasis de liberté, ignorées des promoteurs, Les Cabanettes, derrière leur écran de roseaux et de moustiques, ont résisté mais pour combien de temps encore !
Régalons nous d’un extrait :
« C’était sur l’étang, un murmure.
Il était fait de vies et de souffles, mais trop indécis pour s’affirmer. Les hirondelles de mer volaient très haut. Sur les bords, les roseaux du palus frissonnaient de minuscules passages. Mes joues étaient caressées par un air qui n’arrivait pas à plisser l’eau. Dans les herbes, je percevais des grouillements et le ventre blanc des dorages jetait un éclair. Je regardais longuement le fond de l’étang où se mirait le plat des rames. C’est alors que, pour la première fois, je compris la cohésion des choses, cette espèce de solidarité qui lie tous les éléments du monde. Au fond de l’eau, sur la vase, des lianes brunes rampaient. Mais sur leurs tiges, naissaient des taches plus vertes et la forme d’un bourgeon s’ébauchait ; sur la croûte délétère, des corolles s’entrouvraient ; il y avait là des couleurs, des auréoles, des moires, des dessins délicats, des nuances. Dans ce lieu perdu, ce bout du monde délaissé, et sous la surface de l’étang, dans le domaine des miasmes, il y avait la couleur, il y avait les lois de l’harmonie, de la symétrie et des formes, tout ce qui avait montré aux hommes depuis des temps immémoriaux, le chemin qu’ils étaient convenus d’appeler l’art et la beauté, mais sous un ordre si secret qu’il semblait réservé au monde des algues, au regard glauque des anguilles, aux larves, aux ternes coquillages, traduisant le besoin de splendeur des espaces saumâtres.
Et je me retrouvai devant ce mystère de la couleur qui est nécessaire aux camouflages et aux tactismes, mais qui apparaît souvent dans les plumages, les pétales, les pelages, comme l’acte gratuit de la nature, le coup de charme de la matière vivante ».[2]
N’est-ce-pas merveilleux ? Du Virgile n’ont pas hésité à proclamer certains critiques. La note de l’éditeur nous confirme « un livre- magique pour Albert Béguin, un livre-musique pour Claude Roy, L’Étang de l’Or reste pour tous ceux qui l’ont lu, une révélation et un enchantement. Avec ce livre, l’univers des étangs de l’Or, de Pérols, de l’Arnel, du Prévost… entre mer et garrigue, s’étend ce monde mystérieux, fascinant des eaux dormantes, des canaux aux errances sans fin. Monde coloré des pécheurs d’anguilles, des cabanes enfouies dans les roseaux, des marques glissant sur les canalettes qui gardent le souvenir des Romains, des Phèniciens, des marchands du moyen-âge, quand Maguelonne était capitale et Lattes port méditerranéen ».[3]
Situation géographique : Les Cabanettes, commune de Mauguio (Hérault) situées à la Pointe de Salaison.
Bibliographie de Gaston Baissette :
- Svea Morgen, Cahiers du Sud, (épuisé).
- Histoire générale de la médecine grecque, Albin Michel, (épuisé).
- La Clef des Sources, Grasset,-EFR. (épuisé).
- L’Étang de l’Or, Grasset, 1945, Prix international de la Guilde du Livre 1945, réédité en 1980 aux Presses du Languedoc.
- Les Merveilles de la Médecine, EFR, (épuisé).
- Les Poètes et la Cosmogonie, Seghers, (épuisé).
- Ces Grappes de ma Vigne, Grand Prix de l’Académie du Languedoc 1976, Julliard.
- Le Soleil de Maguelone, Prix Olivier de Serres 1965, Julliard, 1965, (épuisé).
- Isabelle de la Garrigue, Julliard, (épuisé).
- Ce Pays de Montpellier, Grand Prix des Jeux Floreaux de Toulouse 1970,Causse. (épuisé).
- Le Vin de Feu, Prix Littré 1975, Julliard.
- Poésie, Prix du Président de la République, Genêt d’Or-Perpignan 1975, Libr. Des Arcades.
- Histoire de la Médecine- Les Préhippocrates, Tchou.
- Aux confins de la médecine, Julliard.
- Réactions et critiques seront les bienvenues : ne s’agissant en aucun cas d’un forum, merci d’utiliser la fonction me contacter.
[1] Carte topographique de l’IGN, AU 25000) numéro 2843-Ouest. Cette carte permet de couvrir pratiquement tous les sites évoqués dans le roman.
[2] Citation extraite de l’Etang de l’Or, pages 78 & 79.
[3] Op. cité, 2° de couverture, (voir bibliographie).










