Danaé
- Détails
- Affichages : 385
Dans la tour solitaire où l’on me tient captive,
Le plus grand bruit s’efface et jamais rien n’arrive.
Je ne vois que des monts couronnés de forêts,
Les hommes, dans ce lieu, n’ont aucun intérêt.
Nul ne sait que j’existe et tout le monde ignore,
Que Danaé gémit du soir jusqu’à l’aurore,
Que cet isolement pèse tant sur mon cœur,
Que cet affreux chagrin épuise sa vigueur.
J’étouffe, je péris dans cette solitude.
Il serait moins cruel de vivre en servitude.
Je vis, dans cette tour, le plus dur des destins.
Jamais aucun espoir ne naît d’un clair matin !

Je ne vis pas ma vie, mais pourtant je la rêve !
Chers songes, accourez, dès que le jour s’achève !
Venez, ô mes trésors, illuminer ma nuit !
Dès que le jour s’éteint, le rêve bientôt luit.
Un monde merveilleux, un monde heureux s’entr’ouvre,
Et mon cœur chaleureux, ardemment, le découvre.
Ce monde est prodigieux ! Il est plein d’horizons.
Le beau fruit murissant succède aux floraisons.
On y entend des chants, on y voit des sourires.
Et c’est pour ses secrets que souvent je soupire.
Je sais qu’il porte en lui le bonheur que j’attends.
Mon cœur en bat plus fort sous mon sein palpitant.
Je sais qu’il est un dieu qui va de par le monde,
Allant à travers l’air sur la terre et sur l’onde,
Cherchant les cœurs aimants pour les combler d’amour.
Zeus, Danaé t’attends, ô viens à mon secours !
Ton nom seul est chargé de puissants sortilèges !
Rien qu’en le murmurant, je sens qu’il me protège.
Je sens que je suis là, sous ton regard divin.
Toi seul peut surmonter l’insurmontable obstacle.
Toi seul pour m’approcher peut faire ce miracle.
Ton triomphe, ô mon Zeus est toujours assuré,
Car nul être, de toi, n’est jamais séparé.

Il vient ! Je le pressens ! Soudain le ciel s’éclaire !
La nuée, déchirée par la clarté solaire,
Dirige sur mon corps une pluie de rayons.
Je sens, dans tout mon être, une douce éclosion.
Sous le baiser du dieu, ma chair soudain vibrante,
Reçoit du puissant Zeus une semence ardente.
Je me sens pénétrée de vivante pluie d’or.
Oh, cet instant divin transfigure mon sort !
Même dans cette tour je ne suis plus captive !
Je vis enfin ! Je vis, puisque je suis active !
Le don de Zeus m’émeut d’un élan immortel,
Et mon rêve devient un amour éternel !









