Palamède le Calendrier
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D’où vient que tout fleurit et puis que tout se fane ?
Quel mystère profond pour quiconque est profane !
D’où vient qu’une saison fait s’ouvrir les bourgeons,
Le feuillage nouveau plein de nids de pigeons ?
D’où vient qu’il est un temps où revient l’hirondelle,
Alors que les côteaux se couvrent d’asphodèles ?
D’où vient qu’il est des jours d’accablantes chaleurs,
Ou le blé murissant prend sa blonde pâleur ?
D’où vient qu’après ce temps, les fruits enfin murissent,
Et la prune se dore et les pommes rougissent ?
D’où vient que tout cela présage le déclin,
Les feuilles emportées par un souffle malin ?
D’où vient que pour un temps, la terre sans parure,
Frissonnera du vent qui souffle la froidure ?
D’où vient que de nouveau, le monde renaissant,
S’éveille au doux baiser d’un souffle caressant ?
D’où vient que, de nouveau, on voit les fleurs éclore,
Et la nuit durer peu du couchant à l’aurore ?
Et les jours s’allonger, et le soleil plus haut,
Descendre avec regret au sommet des côteaux ?
Lorsque tout était mort, pourquoi tout recommence ?
Pourquoi voit-on un temps où lèvent les semences ?
Quelle est donc la raison de cet heureux retour ?
Quel est l’animateur de ce changeant parcours ?
Qui, sinon le soleil dont la course puissante,
Nous verse une chaleur croissante ou faiblissante ?
Et ses rayons chargés de vivante vertu,
Dénudent notre sol qu’ils avaient revêtu.
C’est lui, dont chaque jour, les secrets sortilèges,
De tous ces changements ramène le cortège.
Car chacun d’eux survient, j’en jure par les dieux,
Quand le soleil revient au même point des cieux.
Chaque jour, de ce roc, je viens mesurer l’ombre,
Et des jours écoulés je sais aussi le nombre.
J’appelle donc année, tous les jours écoulés
Entre ses deux retours sur un point égalé.

J’ai déjà seize fois vu la fleur des narcisses.
J’ai donc de seize années vaincu les maléfices.
Je ne pouvais compter le nombre de mes jours,
Encore, cependant, il faut que je divise
Cette année en saisons, voilà mon entreprise.
Je veux aussi des mois, pour qu’on sache en quel temps,
Il faut craindre l’orage, ou l’auster, ou l’autan.
Et le mois où l’on sème, et le mois qui moissonne.
Et le mois qui fleurit et celui qui frissonne.
Et le mois des fruits mûrs, celui des ciels couverts
Où la feuille qui meurt s’envole dans les airs.









