Iole

Jui
29
2011
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TN_Hercules_and_Iole_-_Annibale_Carracci_-_1597_-_Farnese_Gallery,_RomeHéraclès vient vers nous ! Hélas quelle misère !

D’un manque de parole, il veut punir mon père !

Mais il va tout détruire, il va tout asservir.

Encore bienheureux, s’il ne fait tout mourir !

On dit que tant de fois, dans sa cruelle rage,

Pour un rien il s’emporte en des excès sauvages.

Et les affreux récits de ses atrocités,

Ne témoignent que trop de sa férocité.

S’il ne m’immole pas, je serai sa captive.

Il n’est, à mon destin, pas d’autre alternative !

Mais s’il me laisse vivre, il me torturera.

Chaque jour, ma souffrance, ainsi, le vengera !


C’est donc mon dernier jour de liberté totale !

Avant d’être jetée dans la nuit infernale,

Je veux revoir la source où j’aimais tant rêver !

Une dernière fois je m’y veux abreuver.

Je m’y veux abreuver et d’eau pure, et de songes !

Qu’une dernière fois, dans son onde, je plonge !

Qu’une dernière fois, je dorme sur ses bords !

Et s’il faut y mourir, qu’elle garde mon corps !

Qu’il est doux de rêver dans cette onde amicale !

Ce courant caressant sur mes hanches s’étale.

Enivrée de senteurs de cet air parfumé,

Et par un songe heureux encor plus embaumé !


TN_Iole_BnF_Français_599_fol._20Pour un dernier sommeil je m’étends sur la mousse.

Comme elle me caresse, et comme elle m’est douce !

Quel plaisir de dormir en cette nudité !

J’y trouve avec ferveur la pure liberté.

Je savoure ardemment la volupté de vivre.

J’y découvre des joies dont la force m’enivre.

Et les songes charmants, peuplant l’heureux sommeil.

Sans doute un frôlement provoque mon réveil.

J’ouvre les yeux. Je vois qu’un homme me regarde.

D’abord effarouchée, ma main protège et garde,

L’intime nudité, l’objet de ma pudeur,

Et je crains d’exciter une inquiétante ardeur.


L’inconnu s’aperçoit de mon inquiétude.

Il veut me rassurer. Que de sollicitude !

Sa présence, dit-il, ne doit pas m’affliger.

Je dois me rassurer. Il va me protéger.

Sa voix tendre m’enchante et me rend ma quiétude.

Son bras me défendra. Quelle est ma gratitude.

Aussi, quand il m’enlace et me donne un baiser,

Je ne suis plus bien loin de le diviniser.

Il me tient dans ses bras sous un buisson d’arbouse …

Soudain il me pénètre, et je sens qu’il m’épouse !

Il se nomme : Héraclès ! Qui l’aurait cru jamais ?

Il m’apporte l’amour ! Il apporte la paix !