Aréthuse

Mar
22
2010
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Arethuse_AlpheeQue ce vallon est beau ! Que ces eaux sont limpides !

Ce frais gazon caché sous ces lauriers splendides,

Au repos délicieux propose sa fraîcheur.

Mais l’onde caressante au murmure enjôleur,

Au clapotis joyeux qui vient bercer les songes,

M’appelle doucement pour qu’en elle je plonge,

Dans la gerbe irisée des gouttes de cristal,

Je me baigne, enivrée, dans l’élément vital.

En cet heureux instant, que je me sens vivante !

Je me sens animée par une âme puissante.

Et ne trouvant nul frein à l’élan de mon corps,

Je ne vois pas d’obstacle à mon splendide essor.


aretuseqx9Sur toute ma chair nue je sens glisser les ondes.

En cet instant divin je possède le monde,

Tout ce qu’il porte en lui de divine beauté,

Vient nourrir les espoirs de mon rêve enchanté.

La douceur du zéphir, l’eau que le ciel azure,

Les oiseaux et les fleurs, tout du bonheur m’assure.

Tout me comble, à la fois, de joie et de plaisir,

Et je ne peux trouver de borne à mes désirs.

Le monde m’appartient, il me remplit de sève,

Je le modèlerai sur l’éclat de mes rêves.

J’en chasserai le laid, je veux un monde pur.

J’en chasserai le mal, je veux un monde sûr.


syra_arethuseVoici que devant moi le courant tourbillonne.

L’eau coulait bien tranquille et maintenant bouillonne.

De cette onde agitée sort un affreux vieillard

Encore enveloppé d’un humide brouillard.

Je reconnais Alphée, le dieu maître du fleuve.

Et, bien que maintenant, sa présence m’émeuve,

C’est qu’elle vient souiller ce spectacle si beau

Par ce visage affreux échappé du tombeau.

Je vois avec horreur son repoussant visage

Qui déjà, de la mort, me présente l’image.

Je vois avec terreur éclater dans mes yeux,

Le feu presque glacé de son désir odieux.


alphee et arethuseJe bondis et je fuis la figure infernale

Qui vient ainsi souiller ma vision idéale.

En vain sa voix me crie de ne pas m’effrayer,

C’est un supplice encor de l’entendre crier.

Je fuis, je fuis, je fuis cette affreuse vieillesse.

Loin d’elle, éperdument, j’emporte ma jeunesse.

Mais le dieu abhorré sans pitié me poursuit.

Artémis, sauve moi de cette atroce nuit !

Que j’échappe au destin des choses qui périssent !

Que jamais plus la mort devant moi ne surgisse !

Je me transforme en source et me sens ruisseler…

Je serai toujours belle et vais toujours couler…