Lanero un destin extraordinaire
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Nîmes
Nous étions partis pour voir José Tomàs, on a vu Tomàs, mais on a surtout vu Condé et on a admiré Lanero.
Lanero
Je suis né une nuit de novembre 2004, dans les pâturages à Alaraz, près de Salamanque. Le mayoral de la ganaderia Valentin Redondo m’a appelé Lanero. Marqué du G de Garcigrande sur ma cuisse, je porte le numéro 83.
Je suis un toro de combat.
Avec mes frères, de temps en temps on se met une bonne rouste. J’ai vécu tranquillement sur les terres près du rio Tormes jusqu’à ce mois de mai 2009.
Pour Pentecôte, on nous a emmené jusqu’à Nîmes en camion. Vendredi après-midi, je suis sorti en quatrième dans les arènes Romaines. Le soleil faisait ressortir les couleurs dans les tribunes, j’ai entendu les clarines, moi j’étais fier, je suis sorti du toril au galop, ma tête haute et mon pelage luisant. Les peones m’ont fait courir d’un burladero à l’autre pour me dégourdir les jambes, finalement c’est le matador Javier Conde qui m’a pris dans sa cape. Je ne voulais pas la lâcher cette cape, j’ai chargé, rechargé ; il m’a servie quelques naturelles, des véroniques, puis m’a laissé près d’un burladero pendant que les picadors se mettaient en place.
Pour la pique, Javier m’a placé loin du picador, mais dès que celui-ci m’a cité j’ai foncé tête basse, j’ai poussé de toutes mes forces, reins tendus, jusqu’à ce qu’on me détourne pour quitter le cheval. Malgré le fer qui a meurtri les muscles de mon dos j’ai foncé une nouvelle fois sans hésiter, et poussé jusqu’à faire reculer le cheval.
Aux banderilles, ils m’ont fait courir, d’un coté, de l’autre, pour bien m’aérer et me mettre en confiance.
Ensuite Javier a pris sa muleta et nous avons commencé la faena, d’abord près des planches, puis au milieu de la piste. Il m’a placé à 25m de lui, dès qu’il a toqué sa muleta j’ai chargé, il m’a fait tourner autour de lui, tourner encore et encore. Puis il s’est éloigné d’une vingtaine de mètres et m’a sollicité à nouveau, j’ai foncé, mais n’ai trouvé que la muleta qui venait effleurer le bout de mes cornes. Je sentais mes forces faiblir, mais pour rien au monde je n’aurais reculé, je porte en moi toute la noblesse de ma race, toute la bravoure que m’ont transmis mes ancêtres et qu’a préservé l’éleveur au fil des générations.
La musique joue, je n’entends plus les olé des spectateurs. Voilà maintenant 10 mn que nous dansons avec Javier, il me touche le dos, m’enroule autour de lui ; j’ai la gueule fermée, je ne vois plus que ses zapatillas, je suis épuisé
En tribune les mouchoirs blancs s’agitent, de plus en plus nombreux.
Javier ne me présente plus sa muleta, il échange quelques signes avec mon mayoral.
Soudain au palco, le président sort le mouchoir orange : indulto
On me gracie, j’ai la vie sauve.
Je peux encore courir, je relève un peu ma tête, les gens m’applaudissent, je rentre au toril.
Dans quelques jours je serai de retour au campo, je deviendrai le semental de la ganaderia.
Je m’appelle Lanero.

Petite chronique de Santiago
Laisser la vie sauve à un toro est un fait rarissime. Pour obtenir la grâce, le toro doit avoir un comportement parfait dans les 3 tercios, pique, banderilles et faena. Ses qualités, trapio, bravoure, noblesse doivent être mises en valeur lors du combat, par le travail du torero.
Le matador et le public réclament l’indulto, mais c’est au mayoral que revient la décision ; le président présente alors le mouchoir orange. (Article 82 des règlements taurins)
Petit lexique :
Mayoral : gardian, éleveur de toros.
Ganaderia : manade, élevage de toros.
Rio : le fleuve.
Clarines : trompettes annonçant le changement de tercio, de phase. Toujours aux ordres du Président.
Peones : ouvrier, collaborateur du torero qui compose sa cuadrilla, son équipe.
Burladero : refuge pour les hommes en piste
Véroniques : passe de cape fondamentale. Le nom de véronique a été donné par l’attitude du torero qui tenant sa cape à deux mains, et qui rappelle le geste de Sainte
Véronique tenant le linge avec lequel elle essuie le visage du Christ sur le chemin de croix.
Picador : homme à cheval, chargé de piquer le toro
Cité : action de provoquer le toro par la voix ou le geste.
Banderilles : bâton de bois de 70 cm, un harpon à une extrémité. Elles portent ce nom car autrefois elles étaient ornées d’un petit drapeau : bandera.
Muleta : morceau d’étoffe rouge, en partie fixée sur un bâtonnet
Faena : dernier tercio, ensemble du travail du torero avec la muleta, c’est la dernière danse.
Toqué : action de toucher, secousse sur l’étoffe pour lui donner un mouvement.
Olé : cri des amateurs pour exprimer sa satisfaction.
Zapatillas : escarpins de torero.
Indulto : grâce du toro, accordée par le Président, à la demande du torero et du public.
Campo : champ, campagne.
Palco : la loge, c’est le balcon ou se trouve le Président.
Semental : étalon, reproducteur.
Trapio : présentation physique du toro, son aspect, son allure, ses formes et l’importance de ses cornes
Santiago
Le costume de lumière, cliquez ici
A voir Vidéo de Javier Conde










