La Provence 3/4
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V - LA PROVENCE AMENÉE PAR LES FRANCS
Charles III meurt le 11 décembre 1481, après avoir légué la Provence au roi des Francs, en demandant que les privilèges soient respectés.
Cependant la dictature de Louis XI fait que les Provençaux préfèrent le Duc de Lorraine, petit-fils du roi René.
Palamède, agent officieux du roi de France reçoit le serment des principaux officiers et confirme les privilèges d’Aix. Il convoqua, pour le 15 janvier 1482, une nouvelle assemblée des Etats.
Il fit voter 53 « chapitres » et 15 « requêtes » rédigés par lui-même.
Les statuts reconnaissent d’abord le roi des Francs comme le comte de Provence et forment « la constitution » de la Provence, constitution qui précise très soigneusement les privilèges de la Provence et les étend considérablement.
La Provence est autonome, administrativement et politiquement, sous l’autorité d’un lieutenant général, responsable devant le roi.
Palamède, premier lieutenant général a les pouvoirs d’un roi et décide de les exercer à son profit, à celui des siens et de ses amis. Il épure le personnel, confisque certains fiefs ; il distribue les offices vacants à ses amis, à ses parents.
Mais il est allé trop loin et Louis XI le rappelle, l’éloigne de Provence et envoie Jean Baudricourt comme lieutenant. Celui-ci restitue des offices, des fiefs à leurs anciens possesseurs et prépare l’annexion en faisant démolir les châteaux.
Le 30 Août 1483, Louis XI meurt, Charles VIII commence une politique nouvelle plus fidèle au pacte d’union, mais qui refuse toute puissance au délégué. On lui supprime, par exemple le droit de nommer aux plus hauts offices.
Le nouveau lieutenant est Aymar de Poitiers.
Mais la mort du redoutable Louis XI ranime l’opposition qui réclame René II de Lorraine.
La Provence connut alors quelques années de troubles, jusqu’en 1486.
Le roi réunit, en 1486 les trois Etats à Aix et proclame à nouveau l’union définitive du comté à la couronne : « les avons adjoincts et unys, adjoignons et unissons le comté à nous et à notre couronne, sans que a icelle couronne ne au royaulme, ils soient jour ce aulcunement sulbarternez » ; déclaration qui fut ratifiée par les Etats.
L’union est définitivement consacrée.
VI - L’UNIFICATION (1487 - 1547).
Charles VIII ne respecta pas l’autonomie provençale.
Le sénéchal chef traditionnel de l’administration et la justice, se voit imposer un gouverneur ; nommé par le roi et qui limite considérablement son pouvoir, il y eut souvent des affrontements entre le gouverneur et le sénéchal.
Charles VIII voulait reprendre son royaume de Naples et de 1494 à 1496, ce fut le début des guerres d’Italie. Marseille participa à la première expédition en construisant et armant des galères.
Les corsaires marseillais et provençaux les plus connus sont : Bernardin de Baux et le Capitaine Janot, ils couraient sus aux ennemis du prince, fortifiant ainsi l’union Provence-couronne.
Charles VIII meurt en 1498.
Son successeur Louis XII a des prétentions sur le Milanais et sur le royaume de Naples et recommence la lutte en Italie. Ce qui met la Provence au premier chef de ses préoccupations.
En 1500, Louis XII, roi nordique, décide un premier pogrom et chasse les Juifs de Provence.
En 1501-1502, il entame l’autonomie provençale en instituant à Aix un parlement où il nomme des non provençaux, ceci provoqua des conflits avec le sénéchal, le gouverneur de la chambre de compte.
Cependant la nouvelle cour respecte le sentiment provençal et les intentions du roi. Marseille joue un rôle très important, les corsaires poursuivent les navires génois, phéniciens, ennemis du roi.
En 1512, Louis XII fit construire à Marseille plusieurs arsenaux. Il meurt en 1515.
François 1er, son successeur, détermina la place de la Provence dans le royaume.
François se heurte à son puissant rival et voisin, Charles Quint.
La guerre éclate dès 1520.
En 1524, la Provence est envahie par les Impériaux de Charles V. Le 1er octobre, François 1er entre dans Aix et repousse les ennemis. Il voulut reprendre le Milanais, mais ce fut la défaite le 24 février 1525, et sa captivité, délivré en 1526.
La guerre reprit en 1527, les Provençaux y prennent part.
La Provence a prouvé son loyalisme et accordé des sommes d’argent considérables au roi, mais en contre partie, la vie publique reprit avec vigueur ainsi que le désir d’autonomie, ce qui provoqua en 1535 la publication de l’Edit de Joinville qui est une reprise en mains de la Provence par le roi qui la veut en état d’asservement.
Le représentant du pays ne pouvait être convoqué que par le roi. Le gouverneur n’a plus part au fonctionnement de la justice. Les différents conseils sont supprimés. Les juges d’appel le sont également.
La Provence est divisée en sénéchaussées : Aix, Arles, Draguignan, Digne, Forcalquier, Marseille par exemple.
La sénéchaussée devenait circonscription financière.
La Provence a les mêmes cadres juridiques et financiers que le royaume.
Les Provençaux protestèrent, mais l’unification commence.
Cependant la guerre reprit en 1536 et Charles V envahit la Provence.
Ne pouvant lutter, François 1er ordonna de pratiquer la tactique de la terre brûlée, ce qui fut fait avec zèle. La ville de Grasse fut incendiée. Les paysans organisent la défense sous forme de guérilla.
Charles V s’avançait commettant les actes les plus cruels. Aix, pas défendue, fut prise le 9 Août.
L’Empereur y créa un sénat qui le nomma roi d’Arles.
Il échoua dans ses tentatives pour prendre Marseille et Arles. Il dut battre en retraite devant l’armée royale.
La Provence sortit de cette lutte entièrement ruinée.
En 1539, par l’ordonnance de Villiers-Cotteret, François 1er substitue le français au latin et la langue occitane dans les actes officiels et crée l’état civil sous forme de registres paroissiaux tenus par le clergé.
Sur les contreforts du Lubéron, il existait des communautés vaudoises, cousines des Cathares quant à la doctrine, en 1545, par arrêté, certains villages furent détruits entièrement rasés et leurs habitants passés au fil de l’épée.
Il s’agit de Cabrières, Cabrierettes, Peypin, La Motte d’Aygues, St Martin, Mérindol, Nyons, la Coste, Lourmarin, Villelaure, Tresemines, La Roque d’Anthéron et Janson.
VII - LE XVIe, SIECLE PROVENÇAL.
Henri II créa à Aix, en 1552, un trésorier général de France, chargé de s’occuper du domaine.
De 1554 à 1559, le canal de colmatage et d’irrigation de la Crau est creusé par Adam de Craponne, et en 1581, les frères Ravel creusèrent la branche d’Arles.
Les troubles religieux furent précoces en Provence, des magistrats du Parlement d’Aix étaient protestants. Ceux-ci tenaient des réunions publiques.
Les troubles commencèrent à Castellane où des protestants furent attaqués et même massacrés.
La réaction ne se fit pas attendre et les réformés s’emparèrent de Castellane, d’Entreveaux, de Colmar de Seynes.
Les Catholiques répliquèrent et pendant quelques années la Provence fut en proie à la guerre qui ne ménagea pas ses atrocités.
Il y eut cependant quelques trêves assez précaires.
La guerre fut arrêtée en 1568 par la paix de Longjumeau.
Le 24 Août 1572 c’est la St Barthélémy, que se passa-t-il en Provence ?
Elle ne fut pas étendue en Provence, mais elle eut pour conséquence, la constitution d’un parti catholique non violent qui souhaitait le rétablissement définitif de la paix. Ce parti conclut une entente avec les protestants ce qui déclencha une guerre générale.
En Provence, elle se prolongea jusqu’en 1580, elle resta en dehors des champs d’action des grandes armées, cependant, la guerre s’y acharnait.
Elle fut aggravée par la jacquerie et la misère qui débuta à Callas (1579).
La reine Catherine de Médicis obtint des adversaires la cessation des hostilités et en 1580, la peste amena la paix.
A la mort d’Henri III, la perspective de voir un protestant accéder au trône, Henri IV amena de nouvelles épreuves.
Les catholiques se regroupèrent sous la direction d’Hubert de Vins et devinrent les Ligueurs, les protestants prirent partie pour les royalistes dirigés par Henri d’Angoulême.
Après des heurts, notamment à Marseille, la ligue imposa une trêve aux protestants, 1586-1587, aidée en cela par la peste.
La guerre reprit et aboutit à créer deux gouvernements en Provence :
le gouvernement ligueur dirigé par le Parlement avec Hubert de Vins pour chef militaire
et
le gouvernement du lieutenant Général.
Le 1er Août 1589, Henri III meurt assassiné.
Le Parlement d’Aix reconnaît comme roi le cardinal de Bourbon, sous le nom de Charles X et les royalistes adoptent Henri IV.
Cependant Philippe II d’Espagne, fils de Charles Quint voulait s’emparer de la Provence et particulièrement de Marseille. Le gendre de Philippe, Charles-Emmanuel, Duc de Savoie, pénètre en Provence en juillet 1590.
Il fut bien reçu, mais pas reconnu en tant que comte.
Il s’empara d’Arles mais dut rentrer chez lui.
La lutte entre Ligueurs et Royalistes continuait. Lorsqu’Henri IV abjura le protestantisme, il fut reconnu comme roi de France et comte de Provence par le Parlement d’Aix.
De 1596 à 1616, le gouverneur de Provence fut Guillaume de Vaer, il veilla à l’application des Edits de Nantes, du traité de Versins avec le roi d’Espagne.
Il pacifia la Provence et répara les ruines de la guerre.
VIII - DE 1610 - 1680 - LOUIS XIII.
En 1630, l’Edit des Elus retire aux Etats et aux agents du pays et des communautés, la répartition et la perception de l’impôt.
Mais après la longue période de guerre et la faiblesse du pouvoir royal, la Provence avait perdu l’habitude d’obéir au roi, il y eut des révoltes et le Parlement refusa d’enregistrer l’Edit.
Le gouvernement abandonna l’édit mais exigea des subsides, ils furent accordés.
Dès 1626, Richelieu, pratiquant une politique d’intervention et de prestige en Europe, voulut reconstituer la marine. L’effectif des galères de Marseille fut augmenté de 13 à 24, les équipages totalisèrent environ 10.000 hommes.
En 1635, les fortifications de Toulon sont améliorées et le port, en 1642, compte 65 vaisseaux et 22 galères. Cette organisation de la marine servait aussi à lutter contre les pirates.
En 1635, la France est intervenue dans la guerre de 30 ans, aussi les Espagnols essaient de s’emparer de la côte provençale. Ils ne purent que mettre la main sur les îles de Lérins, qui furent reprises en 1637.
Richelieu supporte mal l’esprit d’indépendance des Etats de Provence et à partir de 1640, il ne les convoque plus.
A leur place rentre en fonction « L’Assemblée générale des communautés » comprenant trente cinq communautés du domaine royal, quatre représentants de la noblesse et du clergé, cette assemblée s’occupe des finances.
La Réforme catholique du XVIe siècle aboutit à une réorganisation du clergé qui améliore sa tenue, des couvents se créent, on revient à une sévérité de la doctrine et des mœurs, la charité est en essor avec St Vincent de Paul qui fut aumônier des galères à Marseille.
De 1642 à 1649, Van Ens assèche les marais d’Arles et de Tarascon.
En 1641, le nouveau gouverneur, le comte d’Alais, créa une « chambre des Requêtes » qui devait juger les procès des ecclésiastiques, les nobles, les titres...
L’Edit est enregistré de force ; en octobre 1647 ; L’Edit de Fontainebleau, transforme la chambre des Requêtes en deuxième parlement, chacun siégeait alternativement par « semestre », ce qui provoqua des hostilités dans lesquelles Mazarin soutint le parlement d’Aix, car il était en lutte contre celui de Paris.
Le semestre est supprimé.
Le 7 décembre 1650, le comte d’Alais quitte la Provence « des Princes », l’anarchie s’y développa. Un parti de la noblesse, dirigé par le baron de St Marc, se forma en Provence sous le nom de « Sabreurs », l’opposition est constituée par les « Cavinets » formée par le Parlement et tous ceux qui se ralliaient au roi.
A ces deux partis, s’ajoutent les partisans du comte d’Alais : les anciens membres du semestre.
Les violences reprirent, Mazarin reprit le pouvoir en France et nomma comme gouverneur de Provence, son neveu le Duc de Mercoeur (8-5-1652). Un an après, il était acclamé par le peuple. Après cinq ans de luttes et de destructions, la Fronde se terminait.
Marseille inspirait des inquiétudes.
Le Duc de Mercœur fit nommer consul « Lazare de Vento-La Baume », il fit venir de Toulon une galère armée aux frais des négociants.
Cette mesure désagréable forma une opposition, sous la direction de Gaspard de Glandevés-Niozelles.
Les incidents se multiplièrent et devenaient de plus en plus graves, jusqu’à la rebellion.
Le roi décida de punir, il vint en Provence, la répression fut brutale. Il décida la construction du fort St Jean et de la Citadelle St Nicolas.
Les libertés municipales de Marseille disparaissent et la paix s’installe pour longtemps.










