Episode 1

Visite du Parc du château de Castries - Partie 1

 

tn_DSC_9573

 

On ne peut dissocier le parc et le château ; le parc est le prolongement du château.

Ce château appartient à une famille, qui a commandé et vécu la construction, l’élévation de l’immeuble, et qui a voulu un jardin, l’a vu naître et s’épanouir.


Je vais donc au travers de quelques cinq siècles, vous raconter l’histoire de cette famille, de son réputé château, et de ce parc de 15 ha.

tn_DSC_9664

Ballade dans le parc, sur les terrasses et sur la cour d’honneur du Château.

 

 

Les jardins

Le parc du château est un jardin à la Française. Il a été conçu par André Le Notre, qui deviendra ensuite le paysagiste de Louis XIV. A la création de ce jardin, en 1676, il n’existait que très peu de jardins en France, quelques uns de type enclos médiéval, à proximité des monastères où les moines cultivaient des plantes médicinales.

tn_DSC_9680Sans vouloir donner une définition précise de ce qu’est un jardin à la française, nous pouvons en tracer les grandes lignes qui s’appliquent à notre cas.

Le plan est géométrique, il domestique, il impose, il ordonne la nature. Le jardin est dessiné comme un édifice. Il y a un axe sur lequel s’ordonnent symétriquement les allées, les alignements d’arbres, et de grands parterres qui sont des espaces libres couverts de verdures ou de gazons.

L’eau vient s’intégrer à ces compartiments par des bassins, par des jets d’eau par des cascades et des rigoles.

Une terrasse surélevée permet de saisir l’ordonnancement du jardin et d’en apprécier les perspectives.

tn_DSC_9580En s’éloignant du château et du cœur du jardin, la nature reprend ses droits, la végétation redevient naturelle et plus sauvage.

Le parc, dans sa présentation actuelle, est organisé selon les plans d’origine, mais sans doute avec des essences différentes. Effectivement ce jardin a vécu, a grandi, s’est épanoui, mais aussi a souffert au gré des saisons, des hivers rigoureux, mais également a été marqué par la main de l’homme ; notamment lorsque le château faisait office d’hôpital militaire, ou lorsqu’il était occupé par les Allemands.

tn_DSC_9621Le duc René de Castries et son épouse Monique de Cassagne ont remis en état ce jardin en 1936, alors que la nature reprenait ses droits et que ronces, arbres et végétation sauvage avaient envahi la cour d’honneur, les terrasses et le parc.

Cependant, avant ce parc il existait déjà un jardin magnifique, et il était à Montpellier. En effet en 1593, Henri IV signe les lettres patentes qui créaient une chaire de professeur de médecine à Montpellier et un jardin des plantes associé à cette chaire. C’était le plus beau jardin de France. Il se composait à l’origine de trois parties : les plantes médicinales, un carré du roi, et le jardin de la Reine.

Aujourd’hui il ne reste qu’une partie du jardin des plantes médicinales, mais que l’on appelle toujours : le jardin des plantes.

Voilà pour la partie jardin, voyons maintenant dans quel contexte, dans quel environnement historique s’est créé ce jardin.


Le château à ses débuts


L’histoire commence au XIVe siècle.

tn_DSC_9688Quelques repaires pour situer le mode de vie à cette époque.

La France compte alors 12 millions d’habitants et 32 500 paroisses. Il faut 22 jours pour aller de l’Escaut aux Pyrénées.

Ce XIVe siècle sera sombre pour la région : siècle de brigandage, (les chevaliers lorsqu’ils ne sont pas utilisés à leur première fonction deviennent brigands et pillent aujourd’hui les paysans qu’ils défendaient hier) ; siècle marqué par un conflit avec les Anglais contestants une succession royale à laquelle il manque un descendant mâle dans la lignée des Capétiens et qui nous vaudra une guerre de cent ans ; siècle de lourdes impositions, après que la seigneurie de Montpellier soit rattachée à la couronne de France ; siècle de grandes famines et de gelées mortelles qui s’abattent sur la région : en 1347 le Rhône gèle ; et puis le fléau des fléaux : la peste noire ; elle arrive d’Italie et va décimer les populations : Montpellier perd les 2/3 de ses habitants, 10 consuls sur 12 périrent de la peste (entre 1348 et 1352 on comptera 25 millions de morts en Europe) ; dans les villes, la moitié des maisons sont abandonnées, des villages disparaissent. Les paysans renoncent à cultiver leurs terres, ils doivent partager les récoltes avec les sangliers, les ours de l’Aigoual, les loups, les cerfs et les lapins. Les surfaces cultivées s’amenuisent et la forêt sauvage envahit les terres cultivées.

tn_DSC_9615Le pays est exsangue, pauvre, malade, ruiné par les impôts.

A la fin de ce XIVe siècle, au terme de ces calamités, Castries compte à l’intérieur de son mur d’enceinte au pied du vieux château (manoir gothique) 11 feux, soit 55 habitants environ.

Villages morts, terroirs en friche, seigneuries abandonnées, tous ces biens perdent de leur valeur et sont à la vente.

Des gens riches, de diverses provenances notamment étrangères, anciens soldats, marchands, nobles, changeurs, achètent ruines et terres et constituent de vastes domaines.

On verra les Villardi originaires du Milanais s’installer dans le comtat Venaissin, ils deviendront Montaudois quelques siècles plus tard ; les Bonzi s’installent à Narbonne.

Au XVe siècle, l’horizon s’éclaircit.


tn_DSC_9649Bien que diminuée, Montpellier reste une cité cosmopolite et le commerce repart autour de Notre Dame des Tables. Les rois font de cette ville la capitale administrative du Languedoc ; Charles VIII (1483-1498) exempte d’impôts tout étranger qui vient s’installer avec ses biens, et dispense ses héritiers du droit d’aubaine (droit qu'a le gouvernement à la succession d'un étranger décédé en France).

Au milieu du XVe siècle, un évènement va donner à Montpellier un destin hors série ; Jacques Cœur, grand argentier du roi, (il était tellement riche, qu’on pensait qu’il avait un secret pour fabriquer de l’or) vient s’installer à Montpellier. Il crée une flotte de 12 navires et fait le commerce avec les pays méditerranéens.

tn_DSC_9671Une famille Montpelliéraine, venue de Majorque avec les rois d’Aragon, réalise une considérable ascension aux cotés de Jacques Cœur, et établit sa fortune. C’est la famille des La Croix, dont les ancêtres sont apparentés à Saint Roch. Ils sont armateurs et leurs flottes charrient des épices qui ont confirmé ce nom de Montpellier (Mons pistillarius, nom des épices)

Et c’est là que commence la belle histoire de Castries.

Guillaume de la Croix est conseiller financier du roi. En 1493, il est nommé gouverneur de Montpellier.

Pour garder un siège de façon permanente aux Etats du Languedoc, il doit posséder une baronnie. Castries est à vendre, il l’achète à Pierre de Ganges le 13 avril 1495.

Guillaume sera le 1er baron de Castries.

Suivra une nombreuse descendance ; au passage notons :

Jacques de la Croix de Castries, quatrième baron de Castries 1536-1575

tn_DSC_9665Le 17 septembre 1565, il épouse Diane d’Albenas. La seigneurie de Collias, qui appartient à son épouse, enferme sur son territoire le célèbre Pont du Gard. La légende veut qu’elle réparât de ses deniers l’aqueduc Romain lors de la visite en Languedoc de Charles IX et de Catherine de Médicis, accompagnés d’Henri de Navarre, futur Henri IV. On en déduit que Diane d’Albenas était très fortunée.

Elle décide après son mariage de reconstruire le château de Castries. Le château gothique est rasé, mais ils gardent une salle basse comme citerne, et ou figure sur le mur une inscription « Jacques de la Croix de Castries et Diane d’Albenas son épouse ont établi cette sisterne en l’an 1565 ».

Le château que nous connaissons dans sa forme actuelle date de cette époque.

Jacques de la Croix, baron des Etats du Languedoc, gouverneur de Sommières, est député des Etats de la province du Languedoc auprès de Charles IX (1560-1574)

Il entretient des troupes levées à ses dépens, ce qui le met en grande considération auprès du roi Charles IX. Les de la Croix délaissent progressivement leur métier d’armateur pour s’investir dans celui des armes.

Au XVI –XVII° siècleS, nouvel  épisode noir 

« Deux mots dont la conjonction parait incompatible ont pourtant été associés pour former cette locution extrêmement redoutable : guerre de religion ». (Propos empruntés à Gaston Baissette).

 

Ces guerres de religion vont amener de nouvelles calamités sur la région.

tn_DSC_9678Quelques chiffres pour étayer mes propos : entre 1561 et 1572, sous Charles IX il y eut huit traités de paix (peu ou pas respectés), une dizaine de grandes batailles, la mort de grands personnages, la mort de milliers de paysans et de citadins, et la destruction de centaines d’agglomérations.

Henri IV, ce Béarnais de souche et de confession protestante s’est converti au catholicisme pour pouvoir accéder au trône de France (1589-1610)

En 1598 il signe l’Edit de Nantes, édit de tolérance, octroyant 51 villes de sûreté, dont Montpellier et Sommières, aux protestants. Dans ces villes, les protestants auront toute liberté pour pratiquer leur religion.

Malgré l’Edit de Nantes, malgré la concession de places de sûreté, certaines villes ne tolèrent pas le culte protestant, d’autres villes ne tolèrent pas le culte catholique.

A Montpellier, les catholiques « qui voulaient garder la foi de leur pères ne pouvaient se rendre à l'église : elle était détruite, ou la porte en était barrée par des piquets, sur ordre d'un chef protestant ». Les tribunaux sont partiaux.

En 1610 à la mort d’Henri IV, le Duc de Rohan, pair de France, gendre de Sully, de sang Royal, est placé à la tête des armées de la religion dite « réformée ».

En ce début 1622, le roi Louis XIII (1610-1643) descend sur Toulouse pour mettre un peu d’ordre dans les villes, et s’achemine ensuite vers Montpellier où Rohan s’est installé pour commander ses opérations.

Les troupes de Montmorency ainsi que celles du baron de Castries d’alors : Jean de la Croix,  partent à la rencontre des troupes Royales.

La situation est inespérée pour le duc de Rohan : tous les guerriers sont sur les routes à la rencontre du roi, personne pour défendre les villes, il va donc attaquer et causer du dégât autour de Montpellier.

tn_DSC_9613Rohan sort de Montpellier et va sur Aigues-Mortes (construit entre 1272 et 1300) qui lui résiste, n’ayant pu franchir la tour Carbonnière.

Il vient alors sur Montlaur qui lui résiste également. Mais le 28 mars, samedi avant Pâques, accompagné de  renforts (7000 hommes et 400 chevaux venant de Nîmes, Uzès et Sommières), cette fois il enlève la place après un très rude combat.

Pour revenir sur Montpellier, Rohan pille et incendie le château de Beaulieu, puis s’attaque à celui de Castries, inoccupé, qui n’oppose pas de résistance. Il incendie et détruit l’aile Est. Il promulgue depuis Uzès l’ordonnance suivante : « Henri, duc de Rohan, … ordonnons de démolir les murailles du lieu de Castries … et de combler les fossés aux frais de la population ». Cette ordonnance est datée du 4 mai 1622. C’est de cette période que date la disparition des murailles de Castries.

Sensible au dommage subi par son fidèle serviteur, Louis XIII assura à Jean de Castries une rente et le pourvu d’un titre de comte.

 

A suivre Marquisat et aqueduc…