Episode 2
Visite du Parc du château de Castries - Partie 2
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Ballade dans le parc de Castries et dans cinq siècles d’histoire. (…Suite)
Au XVII ° siècle, marquisat et aqueduc
Autre descendant des la Croix, René Gaspard, comte de Castries, personnage hors du commun va donner au château ses lettres de noblesse.
Il s’illustre sur les champs de bataille, et connaît une ascension due à sa valeur militaire. Il se marie avec Isabeau de Bonzi, sœur du cardinal de Bonzi. Il favorise la construction d’ouvrages d’art, de jardins, d’aqueducs, préoccupation importante du roi à cette période. En 1645, Castries est érigé en marquisat. C’est le premier marquisat de Louis XIV (1611-1674) et le huitième marquisat Français. (Castries passera en duché en 1784)
René Gaspard de la Croix de Castries (1611-1674) est le premier marquis. Il est également gouverneur de Montpellier et lieutenant du roi en Languedoc.
Avec son beau-frère le Cardinal de Bonzi, qui préside les Etats du Languedoc, il soutient Paul Riquet dans le projet de construction du canal de l’entre deux mers.
Il va également aménager et embellir le château en 1656, avec le grand escalier puis la salle des Etats du Languedoc.
Le château va ensuite connaitre une de ses périodes les plus brillantes puisque viendront y séjourner d’illustres hôtes, Louis XIV, Madame de Sévigné, et il est vraisemblable que la troupe de Molière vint y jouer. Mme de Sévigné écrit le 1er octobre 1672 dans sa lettre n° 243 « je trouve les femmes d’ici jolies ; elles sont vives, elles ont de l’esprit et elles parlent Français ».
René Gaspard de Castries va faire réparer les dégâts causés au château par l’incendie de 1622. Pour cela il fait appel à un grand architecte :Le Notre, qui vient d’achever le parc de Vaux le Vicomte et travaillera ensuite à Versailles. (Ce qui vaudra au château de Castries, le surnom de Versailles du Languedoc).
L’aile abîmée est transformée en une vaste terrasse. Pour aménager le parc (jardin à la française) Le Notre exige d’avoir de l’eau. On fait donc appel à Pierre Paul RIQUET qui est en étroite relation avec le cardinal de Bonzi et avec René Gaspard, premier marquis de Castries.
Paul Riquet décide d’amener l’eau depuis la source de Fontgrand, qui a un débit de 120m3 par jour, jusqu’au château pour y alimenter cascades, jets d’eau, bassins et même le lavoir des lavandières.
N’oublions pas qu’en 1622, on compte seulement 2 puits à l’intérieur du mur d’enceinte, et une source souvent tarie.
La source appartient à l’évêché de Maguelonne qui, avec l’entremise du cardinal, autorise la prise d’eau moyennant « l’albergue » (offrande d’une paire de gants à chaque nouveau prélat)
Les plans de P. Riquet prévoient un aqueduc colossal qui, tantôt en tranchée à flanc de colline, tantôt en tunnel (sur 200 m), tantôt juché sur d’immenses arches (120 arches de 18 à 20 m de haut) va conduire l’eau sur une distance de 6 849 mètres, et sur un dénivelé de seulement 3,39m.
La construction de l’aqueduc démarre en 1670 et dure jusqu’en 1676, retard dû a un différent sur les piles des Clapisses (qualité de la pierre). L’ouvrage est réalisé sous la conduite de deux maçons : Jean et Antoine ARMANS ; ce dernier est un architecte qui a construit sa propre maison toujours visible à Montpellier. Le travail est effectué par les soldats des 3 régiments (3000 hommes) du marquis René Gaspard de Castries.
Cet aqueduc est le plus important ouvrage hydraulique réalisé en France par des particuliers.
Il est classé monument historique depuis le 8 septembre 1949.
C’est donc à partir de 1676 que notre jardin va avoir sa cascade qui chante, ses jets d’eau qui s’élèvent dans les airs, ses plans d’eau qui reflètent le vert des arbres et le bleu du ciel.
Hélas, René Gaspard ne vit jamais l’eau jaillir dans ses jardins car il mourut en 1674, tout comme P. Riquet ne vit jamais l’œuvre de sa vie achevée (il mourut en 1680 alors que la mise en eau du canal du Midi se fait en 1682).
Mais grande première en 1676, l’eau arrive au château, et une rigole conduit l’eau jusqu’aux cuisines. L’eau courante au château… !
En guise de conclusion
Les propriétaires successifs du château et de son aqueduc ont eu la sagesse, tout au long de l’histoire, d’accepter quelques concessions, des prises d’eau pour les cultures et les troupeaux. Cet échange avec la population a sans doute permis de protéger l’ouvrage, qui devait faire tant d’envieux.
Aujourd’hui, par manque d’entretien régulier ces dernières décennies, l’eau de Fontgrand n’arrive plus jusqu’au château ; la nature a tôt fait de reprendre ses droits et dans une région aussi aride, la végétation a rapidement envahie le ru d’eau mettant à mal en certains endroits l’ouvrage de génie civil. Aussi, une équipe de passionnés a entrepris depuis 2003 la remise en état de l’aqueduc. Les chantiers ont lieu tous les derniers samedis du mois, et sont ouverts à tous les passionnés.
Enfin pour clore cette courte visite dans la généalogie des de la Croix citons au passage :
Charles Eugène de la Croix qui devient maréchal de France en 1783 ; il sera ministre de la marine ; il inaugure les lignes transatlantiques, fait construire le port de Cherbourg, et par une ordonnance de 1786 crée le Code maritime Français, qui porte toujours le nom de « code de Castries ».
Enfin Elisabeth de la Croix, née le 13/02/1834, épouse et maréchale de Mac-Mahon, deviendra 1ère dame de France à 39 ans, établissant à l’Elysée un record de précocité qui n’a pas encore été battu.
Aujourd’hui le château appartient à l’Académie Française, le dernier duc René, lui-même académicien, l’ayant légué avant sa disparition en 1986.
La duchesse qui en avait la jouissance s’est éteinte le 31 août 2009.
J Fournier
Sources d'infos
A lire :
- « ce pays de Montpellier » de Gaston Baissette
- « papiers de famille » du duc de Castries.
Sur le Web :
- Encyclopédie libre WikiPédia
- Médiathéque Ministère de la Culture
- Architecture & Patrimoine Ministère de la Culture











